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contes et légendes
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claudine



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MessagePosté le: Mer 5 Fév - 14:04 (2014)    Sujet du message: contes et légendes Répondre en citant

Revue du message précédent :


L'ange d'Yvois


Jadis, Carignan ne portait pas ce joli nom venu d'Italie, mais celui, non moins beau d'Yvois. La ville appartenait au duc de Luxembourg. Cité frontalière, elle fut souvent attaquée mais, à l'abri de ses murailles, elle supporta sans trop de dommages plusieurs sièges. 
 
Non loin de la ville, la forêt d'Ardenne, épaisse et touffue, recouvrait une colline où personne n'osait s'aventurer: le Mont-Tilleul, repaire des sorcières, qui y menaient leurs sabbats. 
 
Personne, évidemment, n'avait osé bâtir sa demeure sur le mont des sorcières, sauf un grand vieillard paisible et discret, dont personne ne connaissait le nom. Il venait souvent à Yvois, où son air digne et sa grande barbe inspiraient le respect. Il était salué avec une déférence particulière par la douzaine de sorcières qui vivaient dans la ville, et ne manquaient aucun sabbat, le samedi soir. 
 
Personne ne lui posait de question, malgré la curiosité qu'il suscitait. Chose étrange pour un familier des sorcières, jamais on ne lui attribua un méfait ou un mauvais sort. Un beau jour, des ennemis vinrent mettre le siège devant les murailles longtemps invincibles d'Yvois. Les premières semaines, les habitants ne furent pas trop inquiets. Ils avaient de bons archers aux créneaux. 
 
Du donjon du château, on pouvait observer tout préparatif d'attaque, et organiser à temps la défense. Mais, malgré quelques sorties vigoureuses des défenseurs de la cité, les ennemis étaient parvenus à isoler complètement la ville. Il ne fut pas possible de desserrer leur étau pour ramener des vivres des villages voisins. 
 
La famine commença à régner, les enfants à manquer de lait. A peine pouvait-on nourrir convenablement les soldats. La peste se répandait. Malgré les prières publiques, Yvois allait, pour la première fois, succomber : soit mourir entre ses murs, soit se rendre à un ennemi cruel. 
 
Comme ultime recours, le seigneur du château lança un appel, presque sans espoir. Celui qui sauverait la cité recevrait la main de sa fille, qui sortait à peine de l'enfance et charmait chacun par sa douceur et sa fragilité. Elle tremblait. A quel rude guerrier n'allait-elle pas être unie?
Les destinées sont souvent étranges. Un seul homme se présenta pour sauver Yvois: le vieillard du mont des sorcières. Il était arrivé soudain, on ne sait comment, car, depuis le siège, personne ne l'avait vu en ville.
— Tu pourras épouser ma fille si tu nous sauves de nos ennemis, lui confirma le seigneur, étonné. Combien veux-tu d'hommes d'armes avec toi? Combien de chevaux?
Aucun, répondit le vieil homme en souriant. Je ne combats ni avec l'épée, ni avec l'arc.
Il monta au sommet du donjon. A l'instant, une brume épaisse sortit de la forêt, noyant tout le camp des assiégeants. Elle se glissa jusque dans les rues de la ville. 
 
La nuit tomba, sans lune ni étoiles. Elle dura longtemps, comme au plus fort de l'hiver. Un silence profond recouvrait toute la région, qui semblait frappée par un profond sommeil. 
 
Le lendemain, un soleil éclatant se leva sur Yvois et, alentour, sur une campagne vide du moindre soldat. On n'y voyait plus trace de tentes, de barricades ou de chevaux. Les habitants d'Yvois n'en croyaient pas leurs yeux. C'était comme s'ils avaient tous fait un mauvais rêve. Craintifs d'abord, appréhendant quelque ruse de l'ennemi, puis rassurés, ils se répandirent dans les prés et les champs, n'y trouvant plus aucune herbe foulée, ni moisson piétinée, nulle trace de pas d'hommes ou de sabots de chevaux. 
 
Les experts en sorcellerie se demandèrent si le siège n'avait pas été un maléfice, une illusion qui avait abusé leurs sens.
Le vieillard du Mont-Tilleul se présenta devant le seigneur qui lui confia sa fille. Anxieuse, pleurant doucement, elle suivit son nouveau maître, qui la regardait avec douceur.
Qu'advint-il d'elle? Nul ne le sut. Personne ne la revit jamais vivante. Mourut-elle? Fut-elle l'objet d'un sacrifice? Devint-elle jeune sorcière ou fée? Heureuse ou malheureuse? On l'ignore. Mais elle resta bienfaisante, quel que fut son sacrifice. Durant plusieurs siècles, chaque fois qu'Yvois était en danger, on l'apercevait, apparition blanche, dans les rues de la ville au crépuscule. 
 
Elle ne disait rien, mais, chaque fois, le péril épargnait la ville. On la nommait l'ange d'Yvois. Était-elle un ange? Hélas! les prodiges ont leur temps. Depuis deux siècles, l'ange d'Yvois n'est plus revenu, et la ville subit le sort commun. 



 
 
  
 
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MessagePosté le: Mer 5 Fév - 14:04 (2014)    Sujet du message: Publicité

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claudine
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MessagePosté le: Ven 7 Fév - 14:18 (2014)    Sujet du message: contes et légendes Répondre en citant

LE FIANCÉ ET LA PRINCESSE !


Il était une fois un petit royaume où régnait un vieux roi respecté de ses sujets.
Il n’avait pas de prince héritier et voulait chercher un fiancé pour sa fille de dix ans.
Il fit sélectionner un certain nombre d’adolescents, plus doués les uns que les autres,bles réunit dans son palais et remit à chacun d’eux un sachet de graines.
L’année suivante, au jour fixé, tous les garçons apportèrent au palais les fleurs qu’ils avaient consciencieusement cultivées.
Dans la grande salle du trône parfumée de verdure, les plantes étaient magnifiques et les fleurs superbes.
Le roi et la reine passèrent lentement en revue les rangées de pots, la mine grave et soucieuse.
Soudain ils s’arrêtèrent devant un adolescent triste et timoré, qui avait les larmes aux yeux.
Vos Majestés, dit-il, je ne comprends pas ce qui est arrivé.
J’ai demandé autour de moi de la meilleure terre et des meilleurs engrais, j’ai suivi tous les bons conseils, j’ai pris le plus grand soin de vos graines, hélas rien n’a poussé.
Je suis honteux d’avoir échoué, je suis venu seulement pour ne pas jeter le déshonneur sur ma famille et sur mon village.
Le roi lui annonça gentiment : C’est toi le fiancé de la princesse.
Des murmures de surprise, de déception voire même de désapprobation, parcoururent la foule, mais personne n’osa contester la sentence royale.
Depuis ce jour le petit garçon vécut au palais où il reçut l’éducation d’un prince héritier.
Puis il monta sur le trône et régna longtemps.
Au soir de leur vie, la princesse qui était devenue reine lui dévoila enfin le choix de ses parents :
Avant de mettre les graines en sachets, ma mère les avait cuites à la vapeur.
Pour réussir les autres garçons avaient réparé ce qu’ils croyaient être un coup du sort ou une erreur humaine.
 Ils étaient certainement malins et débrouillards, ils avaient même le sens de l’initiative, ou on les avait trop bien aidés.
Mais ils n’avaient pas deviné le problème de mon père : par cette épreuve il voulait trouver un fils honnête, en qui il pourrait mettre toute sa confiance, ni plus ni moins. Ensuite il aurait tout le loisir de le former, pour en faire un prince puis un roi.
Le vieux roi soupira :
Nos parents étaient bien étranges, j’ai été choisi parce que j’ai bien répondu à la question, alors que je n’avais nulle conscience de l’existence de cette question.
C’était donc un coup de dé !
La reine le rassura doucement :
Ne te tracasses pas vainement, à leurs yeux tu étais le plus digne de tous et jamais ils n’ont eu de doute à ton sujet.
Le zen c’est cela, mystérieux et ordinaire ...
De tous temps, il existe sûrement une prime à la vérité et à la sincérité.
(Conte : Auteur inconnu)



 
 

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fleurdeschamps
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MessagePosté le: Ven 7 Fév - 21:34 (2014)    Sujet du message: contes et légendes Répondre en citant

Smile jolis contes Claudine   
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Le malheur de t'avoir perdu n'effacera jamais le bonheur de t'avoir connu.


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claudine
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MessagePosté le: Sam 8 Fév - 13:40 (2014)    Sujet du message: contes et légendes Répondre en citant

 
 

 
Gambrinus, personnage légendaire, surnommé “le roi de la bière”, a pour origine le roi Jean Ier qui a un jour fêté une victoire par un festin bien arrosé de cervoise.
A la fin du repas, il chevauchait un tonneau avec une chope à la main, d’où le surnom de "Roi de la Bière
 





la légende de Gambrinus 
Gambrinus, personnage légendaire, surnommé “le roi de la bière”, a pour origine le roi Jean Ier qui a un jour fêté une victoire par un festin bien arrosé de cervoise.
A la fin du repas, il chevauchait un tonneau avec une chope à la main, d’où le surnom de "Roi de la Bière"Gambrinus habitait à Fresnes-sur-Escaut, une petite ville des Flandres, et il était amoureux de Flandrine, la fille de son maître qui était verrier, mais elle n’était pas amoureuse de lui.
Il se mit à trembler, à ne plus bien jouer, et les habitants de Fresnes le mirent en prison pour tapage nocturne après l’avoir insulté et roué de coup.
Quand il fut libéré un mois plus tard, il voulut se suicider mais avant de le faire, le Diable lui fit oublier Flandrine en échange de son âme 30 ans plus tard. Gambrinus accepta le pacte.
Il joua à des jeux d’argent: il était devenu riche mais n’avait pas oublié la fille du verrier.

Il rencontra de nouveau le Diable qui lui donna des graines pour planter le houblon pour la fabrication d’ une boisson appelée « bière » et des explications afin de construire un carillon auquel nul ne pourrait résister.
Un jour il organisa une fête avec, entres autres, son carillon et de la bière.
Les gens, en goûtant cette dernière, la trouvèrent fort amère. Il commença alors à jouer du carillon et les gens se mirent à danser.
Ils dansèrent tellement qu’ ils étaient épuisés à la fin ( la vengeance de Gambrinus envers les habitants fut accomplie ). Ils se précipitèrent sur la bière pour se rafraîchir et se rendirent compte que plus on la buvait, plus elle était douce.
La boisson se fit connaitre au delà des frontières du pays et le roi des Flandres , pour le récompenser de ce succès,
nomma Gambrinus Duc, Comte et Seigneur. Mais il préférait le titre de « Roi de la bière » que lui avaient donné les habitants de Fresnes.
Peu de temps après, Flandrine se décida à lui parler mais il ne l’ avait pas reconnue et lui offrit d’ ailleurs à boire!

Il l’ avait oubliée.

Lorsque les trente ans furent passés et que le diable revint, Gambrinus joua alors du carillon pour l’ obliger à annuler le contrat jusqu’ à ce que le diable trouve cela insupportable, ce qui se produisit.
Il vécut heureux cent ans encore, il continua à boire de la bière et à jouer du carillon.
Lorsqu’ il mourut, on retrouva à sa place un tonneau de bière: c’ est pourquoi il n’ a pas de tombe.
Depuis 1998, Gambrinus est le géant de Béthune et sort dans les rues pendant le carnaval de cette ville du nord de la France .

 Gambrinus est le symbole des amateurs de bière, il représente la bonne humeur et la joie de vivre typiques des Flandres.
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jicel
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MessagePosté le: Sam 8 Fév - 17:29 (2014)    Sujet du message: contes et légendes Répondre en citant

Je ne savais pas qu'il était originaire des Flandres 

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claudine
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MessagePosté le: Lun 10 Fév - 21:25 (2014)    Sujet du message: contes et légendes Répondre en citant

Gilles Pafflard, un Uylenspiegel wallon au pays de Stavelot


Les traditions rurales ne sont pas seulement riches en sorcellerie, crimes ténébreux, ou manifestations d'outre-tombe. Nombre de terroirs incarnent leur malice dans des farceurs devenus légendaires. Le plus célèbre, dans les pays flamands et de Rhénanie est Till Uylen- (ou Eulen) spiegel, qui bénéficia de l'œuvre d'un grand écrivain traduit jusqu'en Russie, Charles De Coster, et d'un compositeur célèbre, Richard Strauss. La Gaume ne serait pas elle-même sans le Djean d'Mady, en qui elle se reconnaît comme dans un miroir. 
 
Plus modeste, mais d'une savoureuse drôlerie est, en Ardenne stavelotaine, la chronique des astuces et plaisanteries de Gilles Pafflard. Le personnage, dont les gaudrioles se situent au début des années 1800, savait, comme le grand Till, moquer et exploiter la naïveté, la balourdise, la vanité ou l'avarice de ses contemporains. 
 
C'est d'avarice qu'il est question dans l'histoire, jadis racontée à Ligneuville, de Pafflard et du grigou Mathias Brokenbach, d'Amel, premier village de langue allemande, entre la Salm et Saint-Vith. Au dire des joyeux Wallons de la contrée, les villageois d'Amel seraient d'une économie et d'une sobriété attristantes. Ces traits étaient particulièrement excessifs chez le Brokenbach en question, propriétaire dans l'aisance, faisant carême toute l'année, usant ses vêtements jusqu'à la corde comme s'il était chemineau sans le sou. 
 
Cet austère régime ne faisait ni le bonheur, ni la bonne santé de sa fille unique Gertrude, gentille «bachelle» (jeune fille) de dix-huit ans. Elle aurait eu besoin de manger à sa faim, et aimé s'attifer avec quelque coquetterie. Pour ne pas devoir l'entretenir, Mathias l'avait placée chez une tante, habitant à Sart, à plusieurs lieues d'Amel. Par bon cœur, celle-ci avait recueilli sa nièce, pour la soustraire au vilain caractère de son père. 
 
La ladrerie maladive de Brokenbach, au lieu de l'enrichir, finissait par lui coûter cher. Imposant à ses valets un travail excessif, pour un salaire de misère et un régime où la moindre tartine était comptée, il ne recrutait que des traînards ne trouvant d'emploi nulle part. Ils le quittaient à la première occasion. Ainsi, souvent, ses récoltes étant rentrées trop tard. Son seigle germait sur pied ou ses patates commençaient à pourrir dans les champs avant d'être arrachées. Tout cela faute de bras et de zèle. 
 
Villageois du wallon Ligneuville, Gilles Pafflard, jeune homme ayant «les yeux en face des trous», annonça un jour à ses copains, au cabaret, qu'il allait s'engager chez le fameux Brokenbach.
Tu es fou, lui dit son plus vieil ami. Personne ne tient le coup chez ce vieux grigou. Il va te faire crever de fatigue et de faim.
Et moi qui te croyais si malin, dit un autre. Rendez-vous dans un mois: tu seras maigre comme un clou.
Vous êtes bien bons de me donner vos avis, répondit Gilles Pafflard, mais je suis décidé et j'ai «topé» dans la main du Mathias Brokenbach
 
Comme Gilles s'en allait de bonne humeur, l'aîné de la bande, l'échevin Solheid, pensa: Gilles est trop rusé pour s'engager à la légère chez l'avare d'Amel. Si j'étais Brokenbach, je me méfierais. Pafflard lui mijote quelque tour pendable. 
 
Ledit Mathias ne se méfiait nullement. Au lieu d'un trimardeur hirsute et fainéant, il allait avoir à son service ce garçon de bonne mine, visiblement pas bête, bien musclé. Le dernier «baraqui» ayant servi chez lui lui avait, comme on dit, «pété dans la main» au début de la fenaison. Les foins de Brokenbach étaient les seuls de la commune à être encore debout, et en juin il y a vite risque d'orage.
On arroserait bien ton engagement par une godille de péket, avait dit Brokenbach après s'être mis d'accord avec Pafflard. Mais cela coupe bras et jambes. Et il ne faut pas pousser le personnel à l'ivrognerie. Sobre, on vit vieux et travaille bien.
Bien dit, not'maître, répondit Pafflard, d'un air trop vertueux pour être sincère. Et il cita un proverbe wallon: 
 
L'ouvri qui po s'dinner des fwèces
Beut de péket, si fait l'mêm'bin
Qu'on chiva qui d'madreu à s'maiss
Des cas, el pies d'un picotin. 
 
Quatrain moralisant antialcoolique:«L'ouvrier qui pour se donner des forces
boit du genièvre, se fait le même bien
qu'un cheval qui demanderait à son maître
des coups au lieu d'un picotin.»
Tu as raison mon garçon, dit le maiss qui, parlant mieux allemand que wallon, n'avait compris qu'à moitié.Mais trop de picotin alourdit le cheval et il ne tire plus si bien. Quelques coups de fouet coûtent moins cher et poussent à la besogne. Cela dit, je t'attends ce soir. Il y a du travail pour demain matin tôt.
À l'heure convenue, notre Gilles Pafflard était là, tout flambard:
-J'ai déjà soupé, dit son nouveau patron. Je suppose que tu en as fait autant. Manger tard fait mal dormir, et on n'est pas si vaillant le lendemain.
- Oui, j'ai mangé chez mon ancienne logeuse, dit Gilles, au soulagement du patron qui épargnait ainsi un repas.
D'ailleurs tu n'es engagé qu'à partir de demain, dit Mathias. Et je ne dois pas te nourrir aujourd'hui pour rien.
Le lendemain, il éveilla avant l'aube ce valet qui lui semblait être «une perle»:
Il n'y a pas de temps à perdre, lui dit-il. Prends la faux et va me couper les foins de ma clairière, près du chemin de Malmedy. Il n'y a là que quatorze verges. Pour un fort garçon comme toi ce sera un jeu de finir cela pour le soir. Et ne reviens pas manger ici à midi: deux fois le trajet, c'est temps perdu. 
 
Voici quatre votes (crêpes) pour tes repas. Et une cruche pour prendre de l'eau à la source. Elle est très bonne. Je ne fais pas de café, c'est trop d'affaires: allumer le feu très tôt, moudre les grains, faire bouillir l'eau. Allez, ouste, et bonne journée. Aie le cœur à l'ouvrage et tâche de finir tôt, il y a encore les haricots à récolter au jardin !
Tandis que Pafflard s'en allait à grandes enjambées, Mathias tua un cochon, avec un mauvais couteau ébréché. Pour épargner les fagots, il ne brûla que la moitié des soies de la bête, et il négligea de la saler. Pendant qu'il gâchait ainsi son porc maigrichon à force d'avoir été peu nourri, il se frottait les mains en pensant à son foin qui serait bientôt fauché par un valet d'élite. Ah! s'il l'avait vu! 
 
Gilles ne s'arrêta dans la clairière que le temps de manger en une fois les quatre votes, petites et minces, qui devaient le nourrir jusqu'à nutt (à la nuit). Ayant caché sa faux dans un buisson, il partit à grandes enjambées vers Sart, où il tint de mystérieux conciliabules avec Gertrude, qu'il avait rencontré il y a peu à un bal et qu'il voyait volontiers. 
 
Sur le chemin du retour, bizarre occupation, il ramassa sur des «flattes» de vaches une quantité de bousiers qu'il enferma dans le sac qui avait enveloppé les minables crêpes. Dans son grand mouchoir il rassembla des «mousserons», espèce peu ragoûtante de champignons où les mouches pondent leurs œufs qui s'y transforment en larves. Arrivé à la clairière, où l'herbe était bien sûr intacte, il y reprit la faux qu'il y avait dissimulée et s'amena chez son patron, fatigué par sa longue randonnée, prenant l'air du travailleur content de la rude besogne abattue. 
 
Montrant à Brokenbach le sac fermé où les bousiers bourdonnaient à qui mieux mieux, il lui dit:
Et voyez le bel essaim d'abeilles que j'ai trouvé. Je vais le vendre demain.
- Il est à moi, dit le vieux grigou. Tu l'as trouvé pendant tes heures de travail. Vas le pendre dans la grange
 
Gilles ne protesta pas et fit ce que le maître lui avait ordonné. Mais qu'alla-t-il faire à l'arrière-cuisine près du cochon fraîchement abattu et découpé ? Vous le devinerez bientôt. Revenu près du Mathias, le valet lui réclama à souper.
Comment, s'indigna l'avare, tu as encore faim ! Je t'avais donné quatre votes: la dernière était pour le soir. Tu as déjà tout dévoré ? Tu veux me tondre la laine sur le dos ! Tu n'auras rien de plus. 
 
Ce coup-ci, Pafflard cessa de jouer la comédie de la soumission.
Vous me faites crever à la besogne: quatorze verges en une journée, et pour me remercier vous voulez que je périsse de faim! Vos votes, plus petites que la main, j'en ai fait quatre bouchées. Votre pingrerie crie vengeance au ciel. C'est le deuxième des péchés capitaux, rappelez-vous votre catéchisme: «l'orgueil, l'avarice, l'envie...»
Je connais la liste jusqu'au bout. Il y a aussi la gourmandise et la paresse !
La paresse ! Alors que j'ai abattu pour vous la besogne de quatre faucheurs ! N'allez pas me faire de sermons. Vous invoquez la religion pour justifier vos vices. Vous en serez puni et plus tôt que vous ne croyez !
Qu'en sais-tu, avec tes sermons, morveux de Ligneuville !
Vous me prenez pour un niais, mais quand je me fâche, je puis jeter des sorts. Vous m'avez pris l'essaim d'abeilles que j'ai ramené. Vous mériteriez que je les change en bousiers. Ah! Vous n'êtes pas content ! Et si votre cochon abattu hier se couvrait de vermine ? Vous ne l'auriez pas volé. J'ai été bien bête de m'éreinter à faucher toute votre herbe en un jour. Tenez, que diriez-vous si je la faisais repousser ! Je connais les formules de magie, moi ! 
 
Et il sortit en claquant la porte.
Il est pire que les autres, grommela Brokenbach, en vérifiant la réalisation de ces menaces. Demain je lui donne son congé.
Le vieux rapiat dormit mal: les menaces de son valet ne le laissaient pas tranquille. Il s'endormit peu avant l'aube et, après quelques heures d'un sommeil agité, il courut à la grange pour voir comment se comportait l'essaim. Ouvrant le sac, il le vit rempli de bousiers. Le premier maléfice dont parlait Gilles s'était donc réalisé. Et horreur! dans l'arrière-cuisine, le cochon tué la veille grouillait de petites larves. Elles étaient sorties des mousserons dont Gilles, en secret, l'avait entouré à son retour. 
 
Aux quatre cents coups, ayant avalé de travers la tranche de pain sans beurre qui lui servait de petit déjeuner, Brokenbach resta un moment prostré. Puis il courut à la clairière du chemin de Malmedy. L'herbe était intacte dans le beau soleil de la matinée. Ainsi s'était aussi réalisé le troisième mauvais sort de Pafflard ! Ah, quel gibier de potence ! Or justement le vaurien, qui avait rejoint Mathias, se tenait derrière lui, un sourire sardonique sur les lèvres, l'œil brillant d'une lueur mauvaise. C'était un excellent comédien. 
 
Comme Mathias le regardait d'un air ahuri, le farceur, prenant une voix caverneuse, lui dit:
- Et j'ai encore d'autres pouvoirs. J'ai bien envie de transformer tout votre argent en sable. Vous pourriez le jeter sur le chemin.
Pitié ! Pitié ! implora l'avare. Tu veux me tuer ! 
 
Si Gilles Pafflard ne l'avait retenu, il se serait mis à genoux devant lui.
À ce moment, par une mise en scène bien calculée arriva une jeune fille toute voûtée, marchant d'un pas hésitant. C'était Gertrude, le visage tout pâli de poudre de riz.
Mon père, murmura-t-elle d'une voix affaiblie, en tombant dans ses bras.
Ma fille! s'écria Mathias. Mais que viens-tu faire ici? Pourquoi n'es-tu plus chez ta tante?
Je suis malade, gémit la jeune fille, et elle ne peut pas me soigner. Elle m'a dit que vous trouveriez pour moi un bon médecin à Malmedy.
- Malheureuse! Avec quoi veux-tu que je te paie un docteur et des médicaments! Ma ferme va à vau-l'eau, mon cochon pourrit, je suis victime de mauvais sorts. Je cours à la ruine. 
 
Reprenant une voix plus naturelle, Gilles Pafflard intervint, l'air grave.
Maître Mathias Brokenbach, sans père ni tante pour la soigner, votre fille a besoin d'un mari. J'aime Gertrude. Si elle le veut bien, je l'épouserai.
Si je veux bien! dit Gertrude se tournant vers Gilles, j'vos vé volti. - Mais il nous faut le consentement de Mathias Brokenbach. Il est tout de même votre père. Donnez-vous votre accord, Maître Mathias? Vous savez que j'ai de quoi vous convaincre. Comme les hommes, les trésors terrestres peuvent tomber en poussière.
Brokenbach avait l'air hagard. 
 
Rassurez-vous, poursuivit Pafflard. Vous garderez votre magot. Il n'y manquera ni un rouge liard ni un pfennig. Vous n'êtes plus d'âge à diriger une ferme. Vous nous la céderez jusqu'à ce que nous en héritions de vous. Nous vous nourrirons et vêtirons toutes les années que le Seigneur vous accordera. Allez, Gertrude est une bonne fille, elle sera plus généreuse avec vous que vous ne l'avez été pour elle. Signez sans hésiter le contrat que j'ai préparé, et vos thalers, vos écus et vos marks ne courront plus aucun danger
 
Le vieux Mathias signa et c'est ainsi que Gilles Pafflard devint un des bons propriétaires de la région, et le fiancé d'une gentille bochelle(1) qui, à l'instant, oublia de faire la malade. 
 
 
 
  

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claudine
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MessagePosté le: Ven 14 Fév - 18:36 (2014)    Sujet du message: contes et légendes Répondre en citant

La légende de la Saint-Valentin ! 

 

 
Il était une fois, dans la ville de Terni, en Italie, un bon évêque qui avait pour nom Valentin. Malgré l'interdiction dont était frappé le christianisme par l'Empire Romain, notre évêque exerçait ouvertement son ministère et n'hésitait jamais à dépanner les personnes dans le besoin.
Un jour, l'Empereur apprit la chose et fou de rage, il le fit emprisonner. Valentin avait domestiqué un pigeon et celui-ci lui était fidèle comme un chien. Notre oiseau n'eut de cesse jusqu'à ce qu'il trouve la fenêtre de la cellule où était emprisonné l'évêque.

Chaque jour, il visitait son maître et lui apportait des pétales de violettes que Valentin façonnait en forme de coeur. Dans ces coeurs, il mettait des messages à l'intention de ses amis et il les attachait ensuite après son pigeon qui s'empressait d'aller leur porter.

C'est ainsi qu'est née l'expression "envoyer un Valentin".


 
 

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MessagePosté le: Dim 16 Fév - 20:17 (2014)    Sujet du message: contes et légendes Répondre en citant

La Cité aux Légendes d'Amour
 

 
L une des plus belles légendes raconte qu un jour, sur les hauteurs de Roquemaure, Bruno et Placidie, un couple d amoureux de cette cité rencontra un homme se nommant Valentin.
La légende dit qu il promenait l Amour avec lui.

Il s agit d un des trois contes,  écrit par le Père Durieu,  pour la Saint Valentin à Roquemaure.


J'ai emporté l'Amour !


 

 
Lorsque Saint Valentin arriva à Roquemaure, chargé de sa besace, lourde et légère à la fois, il contempla ce petit village blotti au pied de ses rochers. Il contempla la vaste plaine du Rhône, les montagnettes d'oliviers et les beaux coteaux de vignes. Il déposa sa besace, lourde et légère tout à la fois, pour se reposer et jouir pleinement de la vue de ce lieu privilégié, croisement de régions, allant du Nord au Sud, du Dauphiné en Languedoc.
Il aurait bien aimé vivre dans ce village.

Il vit venir de loin un couple d'amoureux qui promenait l'Amour tout au long du chemin. Lui se nommait Bruno et elle Placidie. C'était, disait-on, le couple le plus beau de toute la bourgade et c'était si vrai que le bon Monsieur Cappeau, auteur du fameux chant  « Minuit Chrétien », en fit les héros de son « Château de Roquemaure ». 
En s'approchant, ils virent Valentin fatigué et las, assis sur le talus du chemin. "Venez vous reposer chez nous », lui dit Placidie, «  et demain, si vous le voulez bien, nous vous inviterons à notre mariage ». Valentin acquiesça et décida de rester pour la fête.
Les parents de Placidie accueillirent chaleureusement cet homme à la besace lourde et légère. Il déclina son identité et déclara être Valentin. Les parents furent enchantés d'une aussi heureuse visite à la veille du mariage de leur fille avec Bruno. 

Le soir, Placidie et Bruno  invitérent les jeunes filles et les jeunes gens du village. A côté de Bruno, Placidie les accueillit avec son beau sourire qui ensoleillait son visage. 
La soirée fut très belle, on chanta, on dansa.
Valentin raconta son voyage et comment il avait quitté Rome, où l'on vivait dans la crainte du pouvoir impérial. "Là-bas, disait-il, règne la peur, la haine et le sang. Alors moi, j'ai emporté l'Amour, car personne ne s'en servait ».
Les jeunes gens étaient attentifs aux paroles de Valentin. « Il porte l'Amour avec lui », se disaient-ils les uns aux autres et tous avaient envie de lui en demander pour agrandir celui de leur coeur.



Une Besace lourde et légère à la fois


 

 
Vers la fin de la soirée, Valentin demanda qu on lui apporte sa besace, lourde et légère tout à la fois. 
Quel ne fut pas leur émerveillement, lorsqu ils virent le contenu de la besace !  Leurs yeux brillérent de désir, leur coeur palpita.
Chacun désirait pour ses lèvres un peu du contenu de cette besace, lourde et légère de baisers, de baisers d Amour. Ils en reçurent tous un des mains de Valentin et les échangèrent ensuite entre eux. 
Bruno fut le premier à échanger le sien avec celui de Placidie.

Depuis ce Jour, dont l Histoire n a pas retenu la date, Roquemaure est devenue La Cité du Baiser d Amour, où l on vient de fort loin pour cueillir ce baiser qui réchauffe le coeur.
 
 
 
 
 

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MessagePosté le: Dim 16 Fév - 22:28 (2014)    Sujet du message: contes et légendes Répondre en citant

très joli  
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MessagePosté le: Mer 26 Fév - 13:58 (2014)    Sujet du message: contes et légendes Répondre en citant

La fleur de Schlossbliemel du château de Landsberg 

 
"  Cela se passe du temps des croisades. Un chevalier de Landsberg grand, beau, fort et intelligent, (bien sur,  puisque c'est un conte, il faut bien rêver un peu mesdames) sachant le retour proche dans son château d'Alsace, voulait faire un merveilleux cadeau à sa belle qui attendait depuis 2 ans sagement (je vous avais dit que c'était un conte, hihihi) le retour de son promis.

      - "Que puis je offrir d'extraordinaire à une femme exceptionnelle ?" pensait il
  Une vieille dame qui passait par là compris dans quelle difficulté ce seigneur était (ha, ces hommes, un rien les perturbe quand on parle de sentiments ) Elle lui dit :
      * "Beau chevalier, si ta 'fleur' est exceptionnelle en ton coeur, offre lui une fleur......... exceptionnelle, tout simplement !"
 
  Et elle lui tendit un bouton sans forme au bout d'une tige un peu molle.
      - "Que veux tu que je fasse d'une fleur non ouverte ?" pouffa t il
      * "Bien ignare tu es en amour pauvre guerrier. Cette fleur s'ouvrira à la chaleur de votre feu amoureux."
 
   Dubitatif, notre chevalier mit 'cette herbe' dans son sac et prit la direction du retour. En chemin, il se mit à préparer une prose à déclamer à sa belle.
    Lorsqu'il revint dans son pays, c'était la fin d'un hiver de neige terrible. Malgré le froid, à la porte de son château attendait une princesse d'une immense beauté qui rayonnait de milles feux  
   Lorsqu'il la vit, son coeur se mit a battre comme jamais, ses yeux s'illuminèrent, ses jambes flageolèrent, et ce qui est pire, les mots merveilleux qu'il avait préparés durant son long retour furent oubliés....... 

 
  C'est alors qu'il repensa à la vieille femme. Il sortit de son sac LE cadeau si insignifiant à ses yeux.
  Evidemment, le miracle se poduisit. Un feu d'artifice de couleurs.
  La belle fut charmée par ce présent si simple et si original . Elle effeuilla un a un les pétales qui s'envolaient au vent devant le château.
    Et c'est depuis ce jour que cette fleur pousse dans la neige fondante pour raviver la flamme des futurs amants. Il suffit, dit on, de la cueillir ensemble, et les coeurs s'entremêleront à jamais. " 
 

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MessagePosté le: Mer 26 Fév - 22:14 (2014)    Sujet du message: contes et légendes Répondre en citant

Smile   joli conte  
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MessagePosté le: Ven 28 Fév - 09:10 (2014)    Sujet du message: contes et légendes Répondre en citant


 

 

 
Quelle impopularité avait cette dame, dans les années 1600 ! Elle effrayait sans cesse les âmes de la paroisse de Saint Germain de Crioult, à quelques lieues de Condé sur Noireau. Elle effrayait et elle fascinait en même temps ; n’importe quel homme l’apercevait, il ne tarissait pas de propos dans les veillées :
 la Dame Blanche par ci, la Dame Blanche par là…
Il ne se passait pas un hiver sans qu’elle surgisse, ombre nébuleuse et vaporeuse, sur les murailles du manoir. Sa silhouette était celle d’une dame de grande famille, noble et fière ; elle s’arrêtait à un angle du mur, près de la porte d’entrée, et restait là comme un hôte qui attend son visiteur. Personne n’osait s’adresser à elle ; les voisins pressaient le pas dès qu’ils sentaient cette présence et les habitants du manoir restaient enfermés dans leur logis.
On remarquait depuis longtemps que les venues de la Dame précédaient toujours un grand malheur pour les seigneurs de la Rivière, qui tenaient le fief de Gouvy depuis plusieurs siècles déjà.
Une des apparitions de la Dame Blanche avait présagé du meurtre de Jean Jacques de la Rivière ; une autre avait devancé la mort mystérieuse de la châtelaine ; un violent incendie avait presque détruit le manoir, quelques jours après la venue du fantôme, n’épargnant qu’une statue de la Vierge dans un volute de l’escalier. À ces malheurs familiaux et domestiques, s’étaient ajoutées des calamités qui diminuaient d’autant les ressources de la famille, dont les revenus dépendaient des impôts prélevés sur les paysans : pluies anéantissant les récoltes, épidémies dans les étables…

Le domaine se dépréciait et ce n’était qu’un souvenir de grandeur quand il arriva, par héritage, entre les mains d’un jeune homme énergique et volontaire. Pour faire face aux créanciers, aux tuteurs et affirmer son autorité sur ses vassaux, il ne comptait que sur lui et voulut percer le secret de cette Dame Blanche !
Un soir, Gilles Béhier, fermier de la Vieuville, était venu porter quelques chapons au manoir. Il travaillait aux champs pendant tout l’été ; l’hiver, il pratiquait divers métiers, notamment ceux qui intriguent et troublent les petites gens ! Désenvoûteur, rebouteux, charlatan … Il soignait et guérissait aussi bien les maîtres que les troupeaux, intercédait près des esprits et peut-être des démons !
Béhier avait remarqué l’air soucieux du jeune maître de Gouvy, resté insensible aux chapons apportés par le fermier. Il interrogea son maître qu’il connaissait depuis toujours.Après quelques instants, le châtelain avoua la venue répétée de la Dame Blanche et celle prochaine d’un nouveau désastre ; Béhier répartit que les Dames Blanches, si elles annonçaient les malheurs, ne les provoquaient pas elles-mêmes. C’étaient souvent des morts agités qui cherchaient un prêtre pour dire des messes pour leur repos ! Béhier conseilla d’interroger la Dame Blanche pour connaître ses désirs ; le jeune seigneur voulut l’accompagner.

- Vous ignorez la façon de s’entretenir avec les spectres et, comme cette dame semble s’en prendre à votre famille, elle risque de vous emporter avec l’aide des démons.
Après maintes discussions, ils se mirent en chemin.
Le seigneur de Gouvy chevauchait sa jument Marjolaine. Tout à coup, cette dernière fit un écart. La Dame Blanche était debout au milieu de la route, le regard doux et le front triste. Le paysan fit un signe de croix, mais l’apparition restait là et regardait plutôt le jeune homme.
D’une voix légère, elle se présenta : Jeanne de Missy, épouse de Jacques de la Rivière. En un jour de péril, elle promit de faire dresser une chapelle en l’honneur de la Vierge mais de son vivant, elle ne fit sculpter qu’une statue, celle qui fut épargnée dans l’incendie du manoir ! Pour réparer son mensonge, il faut qu’un de ses héritiers tienne sa promesse ; en attendant, son fantôme annonce à sa famille tout nouveau revers.
- Quand la cloche de la chapelle de Gouvy sonnera, conclut-elle, mon âme sera libérée et ma famille redeviendra prospère !
Quelques mois plus tard, une chapelle neuve s’élevait. Le seigneur croyait être absout des fautes de son ancêtre, quand un de ses fermiers lui annonça le retour de la Dame Blanche. Dès le lendemain, il ordonna de faire venir au château Gilles Béhier qu’il traita de menteur et d’imposteur. Sans se troubler, Béhier rappela que la Dame avait parlé d’une cloche qui sonne ; pas seulement des murs de la chapelle !

Le sire de Gouvy était perplexe : pour qu’une cloche sonnât, il fallait qu’une messe soit dite, donc il fallait un prêtre attaché au domaine. C’était une grosse dépense pour une baronnie rurale en des temps calamiteux ! Mais la Dame avait prédit une nouvelle prospérité, il serait donc plus facile d’entretenir la rente du curé et de maintenir la chapelle. En homme avisé, le seigneur se décida à assurer l’investissement nécessaire et bientôt la cloche retentit sur toute la contrée.
La Dame Blanche ne vint plus troubler la tranquillité des habitants du lieu ; la prospérité revint à nouveau dans la propriété du manoir de Gouvy. 

 
 

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MessagePosté le: Ven 28 Fév - 17:09 (2014)    Sujet du message: contes et légendes Répondre en citant

Belle légende Fleurdeschamps 
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MessagePosté le: Lun 3 Mar - 17:42 (2014)    Sujet du message: contes et légendes Répondre en citant

LA BRECHE AU DIABLE 

 

 

Dans la plaine de Caen, un site remarquable s’appelle la Brèche au Diable : une montagne fendue comme par un coup d’épée et habitée par un torrent tumultueux ! D’un côté, des éboulis nés d’un chaos titanesque ou d’un jet de pierres diabolique ; de l’autre, un mur vide et nu, supportant un tombeau en équilibre au-dessus de l’abîme. C’est celui de l’actrice Marie Joly.

Le comte de Quesnay vivait dans son château, au milieu d’un riche domaine. Il était fier d’avoir un enfant tant aimé, du nom de Lucia. Elle avait une grâce délicate et parfaite et faisait figure de déesse. Tous l’adorait mais nul n’avait trouvé le chemin de son cœur. Seul un poète ou un chevalier put l’émouvoir et être aimé d’elle. Quelquefois, un barde ou un trouvère s’arrêtaient au château.
Un soir, un jeune et bel artiste vêtu de bleu se présenta. On lui fit place et, quand il voulut chanter, Lucia lui demanda le récit d’un preux chevalier. Il narra alors l’histoire du Chevalier Noir, du chevalier aux lions.


                                         Toute la nuit, Lucia pensa aux exploits du Chevalier Noir ; au petit matin, elle interrogea pour savoir si cette histoire était fictive ou réelle, si elle pouvait espérer rencontrer ce preux.
 Le trouvère lui annonça qu’il se présenterait lui-même dans quelques temps : puisque le Chevalier Noir cherchait le bonheur près d’une femme belle et intelligente, il ne manquerait pas de passer par ce château. Un grand espoir anima Lucia à partir de ce moment.
Un jour, le comte annonça l’organisation d’un grand tournoi. Le vainqueur recevra la main de Lucia, après une année d’épreuves. Toute la Normandie se prépara pour ce tournoi.
Le jour venu, deux rangs de quarante chevaliers s’élancent en des combats acharnés. L’un après l’autre, ils sont déconfits. L’arène est jonchée de chevaux et de cavaliers blessés ou morts. Seul, un cavalier à l’armure noire restait debout ; il n’avait aucune blessure, aucune marque de coup.
En vainqueur du tournoi, il se présenta devant Lucia qui présidait la fête. L’écu de l’inconnu portait deux lions sous lesquels était gravée la devise : QUAND TROUVERAI ?
Le casque ôté, Lucia reconnut le trouvère au chant troublant. Le comte reconnut la victoire et renouvela sa promesse.
- Dans un an, jour pour jour, je reviendrai en ces lieux et offrirai à la reine de mes pensées, mes victoires et mon cœur.
Un soir d’, le château sembla éclater sous les coups. Au matin, Lucia avait disparu. Le diable l’avait enlevée et la retenait dans ses enfers pour l’asseoir sur le trône des ténèbres. Elle refusait en se refusant aux menaces et en devinant les craintes des siens au château du Quesnay.
Mais, trompant l’attention du démon épuisé par une nuit d’orgies, elle parvint à s’enfuir. Elle était heureuse de revoir le soleil, la lumière, les fleurs et le chant des oiseaux. Lucia retournait vers les siens, vers son château et son bonheur annoncé.
Le diable découvrant la disparition de la belle était fou de rage. Il brisa les rochers dans une colère infernale et retrouva Lucia évanouie au pied des pierres éclatées. Le diable s’élança pour se saisir de la belle, quand un chevalier vêtu de noir et portant un écu avec trois lions d’or surgit ; le diable ricanât, pensant réduire cet intrus dans les flammes. Lucia reconnut son héros et poussa un grand cri ; le diable recula et s’enfuit.
Le soir, le chevalier frappait à la porte du château, ramenant Lucia sur son destrier.
Bientôt le comte et la comtesse de Quesnay avaient recouvré la santé et le château put retentir à nouveau du bruit des fêtes.
Depuis plusieurs siècles, le château a disparu, mais les roches bousculées par le diable sont toujours présentes pour attester de l’histoire. 





 

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MessagePosté le: Mer 5 Mar - 11:30 (2014)    Sujet du message: contes et légendes Répondre en citant

Okay  belle histoire! 
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MessagePosté le: Jeu 6 Mar - 09:06 (2014)    Sujet du message: contes et légendes Répondre en citant

LES OIES DU PIROU (Manche)
 

 
 

 
 

Il existe sur les bords de la mer, entre Coutances et Lessay, un château nommé Pirou, dont l’origine se perd dans la nuit des temps. Maintenant au milieu d’une plaine aride, nue, exposée au vent de la mer, jadis il était entouré de hautes forêts. C’est un fait dont M. de Gerville a trouvé la preuve dans les anciens titres dans la Châtellenie. La cause probable du changement dans la nature du terrain est le rapprochement de la mer qui incontestablement, depuis un temps immémorial, dévore par degré les rivages de la presqu’île du Cotentin, et dont les vents, comme il est notoire sont si funestes à la croissance des arbres. Quoiqu’il en soit, voici ce qu’un auteur du siècle de Louis XIV, connu sous le nom de Vigneul-Marville, et le savant Bullet, dans son Dictionnaire Celtique, nous racontent qui arrivait de leur temps au château de Pirou, fait singulier que le premier déclare tenir du seigneur de ce château même.





Au printemps de chaque année, une grande quantité d’oies sauvages, venant des marécages voisins, s’abattaient dans les cours et les fossés du château pour y faire leurs petits. Les habitants avaient soin de préparer à ses hôtes des nids commodes avec de la paille. Pendant leur séjour, ces volatiles parcouraient avec la plus grande familiarité le château et les jardins. Quand les petits étaient assez forts pour voler, toute la colonie disparaissait en une nuit sans qu’on s’en aperçut, et c’était pour jusqu’à l’année suivante. Voilà ce que nous trouvons attesté comme une chose constante et vérifiée. Maintenant voici, d’après les mêmes auteurs, l’histoire merveilleuse bâtie sur ce fondement et qu’avait conservée une tradition locale d’une ancienneté indéfinie.
Lorsque les Normands, nos ancêtres, sous la conduite du brave Rollon, faisait la conquête de la Neustrie qui leur fut concédée plus tard par le Roi de France, il se trouva un château qui, le dernier de tous, résista à leurs efforts ; c’était le château de Pirou, bâti par la puissance des fées, et d’une telle force que les Normands désespéraient de s’en emparer autrement que par la famine. Ce fléau ne tarda pas effectivement à tourmenter la garnison.
Les Normands jurèrent que, dussent-ils y périr, ils ne partiraient pas de là que cette redoutable forteresse ne fut prise.
Un matin, ils sont surpris de ne plus entendre aucun bruit dans l’intérieur du château ; pas un homme n’apparaît ni sur les remparts, ni sur les tours, ni aux croisées. Ils ne doutent pas d’abord que ce soit un piège, et se gardent bien de monter à l’assaut.
Plusieurs jours s’écoulent et toujours même silence. Et enfin, ils se décident à escalader les murs qui étaient d’une prodigieuse hauteur, et ils entrent dans la place.
Ils n’y trouvent pas une âme ; je me trompe, il y avait un vieillard couché malade à l’infirmerie, qui n’avait pu suivre les autres, et qui raconta aux Normands comment la garnison s’était enfuie miraculeusement.





La magie était cultivée de père en fils, par les seigneurs du château, qui en conservaient les livres très précieux. Quand les assiégés avaient vu qu’ils manquaient de vivres, et qu’ils seraient bientôt forcés de se rendre, ils s’étaient transformés en oies sauvages et envolés par dessus les remparts.
Les Normands se rappelèrent alors qu’effectivement la veille du jour où un silence général avait commencé à régner dans le château, ils avaient vu plusieurs volées d’oies s’élever au dessus des toits, puis allaient s’enfoncer et disparaître dans les forêts et les marécages voisins. Mais on ne songe jamais à tout, quoiqu’on soit magicien.
La métamorphose avait été très bien opérée, mais on n’avait pas prévu comment, une fois hors du danger, on reprendrait la figure humaine. Plus de livres alors, plus de moyens même d’articuler une parole. Force fut donc aux malheureux de rester, sous leur nouvelle forme, habitants des marais.
Quand les Normands eurent embrassé la religion chrétienne, tous les livres magiques du château furent brûlés ; par conséquent moins d’espérance que jamais pour les malheureuses victimes de la métamorphose. Seulement, chaque année, cette race infortunée de volatiles revient visiter son ancienne patrie.
Tel est le récit que, de génération en génération, on répétait dans le manoir féodal de Pirou. Si l’histoire doit être une image des siècles passées, les fables merveilleuses qui ont obtenu crédit rentrent dans ce domaine et peignent souvent mieux les hommes qu’une froide et sèche énumération de noms propres et de généalogies. 




 

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